Clem qui court : « Je veux avoir l’image de quelqu’un à qui on peut s’identifier »

Ancien chef de produit dans les jeux de société, Clément Deffrenne a tout quitté pour courir — et filmer ses courses. Avec 800 000 abonnés sur Instagram, YouTube et TikTok, il est devenu l’une des figures phares du trail en France. Rencontre avec un créateur qui a su rendre ce sport humain, drôle et accessible.

Le trail running, c’est 1,4 million de pratiquants en France en 2025, des événements qui remplissent des villes entières — l’UTMB rassemble chaque année plus de 10 000 participants à Chamonix — et une scène de créateurs de contenu en pleine explosion. Clément Deffrenne, alias @clemquicourt, en est l’une des figures les plus singulières : il mêle culture geek, humour et ultra pour toucher bien au-delà du cercle des coureurs. Je l’ai lu, regardé, et voici ce que je retiens de son parcours et de sa façon de penser la création de contenu.

D’un compte Instagram « à l’arrache » à 800 000 abonnés

COMMENT TOUT A COMMENCÉ ?

Tout part d’un séjour à l’Île Maurice, la tête dans un mémoire et une recherche de CDI. Le trail arrive comme une envie de sortir, de découvrir. Clément enchaîne un premier trail de 50km et 3 500 mètres de dénivelé — « ce qui est énorme pour un début » — et ressent le besoin de partager. Timide, il crée un compte Instagram « à l’arrache » en juillet 2023, juste pour raconter ses aventures à ses proches. Un an plus tard, il démissionne de son poste de chef de produit.

Ce que je retiens : le compte n’est pas né d’une stratégie de personal branding — il est né d’un besoin authentique de partager. C’est souvent de là que viennent les projets qui durent.

Un angle créatif qui tranche avec le reste

QU’EST-CE QUI TE DIFFÉRENCIE DANS UN ÉCOSYSTÈME DE PLUS EN PLUS CHARGÉ ?

« Les contenus existants étaient très orientés technique et performance. J’ai voulu proposer autre chose : des contenus qui parlent du trail, sans être pédagogiques, pour rendre ce sport intéressant et divertissant. » Clément arrive avec les codes d’internet — Twitch, jeux vidéo, YouTube — dans un milieu qui n’en avait pas l’habitude. Sa signature, les « killcams » (un terme emprunté aux jeux vidéo pour désigner le moment où il dépasse un autre coureur, filmé avec autodérision), est devenue un format reconnaissable immédiatement.

« Pour pouvoir grossir, on a dû faire des vidéos avec des hooks pour pouvoir buzzer. Maintenant, plus le temps passe, plus on cherche à raconter des histoires. »

CLÉMENT DEFFRENNE, @CLEMQUICOURT

Le storytelling d’un événement ultra : se préparer trois mois à l’avance

COMMENT CONSTRUIS-TU TON CONTENU AUTOUR DES GRANDES COURSES ?

Pour l’UTMB, Clément réfléchit à ses contenus pendant trois mois. Il crée de la hype en amont, sans en faire trop, puis maintient l’attention pendant toute la durée de la course — qui peut durer des dizaines d’heures. « Ce qui est bien avec l’ultra, c’est que la hype s’entretient pendant toute la course. » Sur l’Himam Trailrun à Oman, son équipe a réussi à publier une vidéo à chaque ravitaillement — chaque fois une surprise, un happening. Tout se décide au feeling, sans process figé.

Les marques, la confiance, et le lâcher-prise

COMMENT GARDES-TU TON AUTHENTICITÉ AVEC LES PARTENARIATS ?

« Aujourd’hui, je travaille uniquement avec des marques pour lesquelles je fais ce que je veux. Elles me suivent pour ce que je suis et pour ce que je véhicule. » Cette liberté créative est non négociable pour lui. Et du côté des marques, l’équation est claire : sur une semaine d’UTMB, c’est 65 millions de vues et 21 millions de comptes touchés. Pour un annonceur, un partenariat avec un créateur qui a une vraie communauté engagée représente souvent un meilleur retour sur investissement qu’un spot publicitaire classique.

L’UTMB, 150e place et une leçon sur la performance

UN MOMENT FORT OU UN ÉCHEC MARQUANT ?

Il visait un top 50 à l’UTMB. Il a terminé 150e, après 26 heures à se sentir « mauvais ». « Je me suis gâché l’expérience. » Puis, à l’arrivée à Chamonix à minuit, il découvre la ville pleine, les gens qui l’attendent. « J’ai compris que les gens étaient là pour la passion, pas pour la performance. Il ne faut pas être le meilleur pour vivre des émotions fortes. » C’est peut-être la réponse la plus honnête de l’interview — et celle qui dit le mieux pourquoi sa communauté le suit.

Conseils à ceux qui veulent se lancer

QUE DIRAIS-TU À QUELQU’UN QUI VEUT CRÉER DU CONTENU ORIGINAL ?

« Le plus important, c’est de faire. » Ne pas chercher à être parfait dès le début, ne pas s’éparpiller sur toutes les plateformes en même temps, tester, apprendre, avancer brick by brick. Clément a commencé par Instagram et TikTok, délégué YouTube quand il a pu, et teste maintenant Twitch — « encore imparfait, mais ça progresse ». Ce pragmatisme progressif, sans process rigide, ressemble beaucoup à la façon dont il court : à l’instinct, avec de la passion.

 

La note CombyCam : Ce qui me touche dans le parcours de Clément Deffrenne, c’est que rien n’était planifié. Pas de stratégie de croissance, pas de roadmap éditoriale — juste une envie sincère de partager quelque chose qu’il aime. En communication, on parle beaucoup d’authenticité comme d’une valeur à construire. Lui, il la vit. Et ça, l’audience le sent immédiatement.