Et si les réseaux sociaux avaient leur propre Nutri-Score ?

Meta, TikTok, Snap, YouTube, Discord, Roblox… Depuis février 2026, plusieurs plateformes acceptent de se soumettre à une évaluation indépendante de leurs pratiques de protection des adolescents. Une initiative qui ressemble beaucoup, dans sa logique, au Nutri-Score alimentaire.

C’est une initiative qui m’a interpellée dès que je l’ai découverte, parce qu’elle applique à l’univers numérique une logique qu’on connaît bien dans d’autres secteurs : rendre visible, en un coup d’œil, ce qu’on ne voit pas spontanément. La Mental Health Coalition a lancé le programme SOS — « Safe Online Standards » — un système de notation qui évalue concrètement les efforts des plateformes pour protéger la santé mentale des jeunes utilisateurs.

Comment ça marche ?

Le principe est simple dans sa forme, mais ambitieux dans son contenu. Les plateformes participantes fournissent volontairement des documents détaillant leurs outils de sécurité, leurs paramètres par défaut et leurs dispositifs de signalement. Un panel indépendant d’experts internationaux examine ensuite ces éléments sur la base d’une vingtaine de critères : fonctionnalités de sécurité, pauses imposées, désactivation du défilement infini, signalement de contenus sensibles, politiques de modération…

Ce qui est notable, c’est que la participation est volontaire. Les plateformes choisissent de se soumettre à l’évaluation — ce qui dit déjà quelque chose sur la pression sociale et réglementaire qu’elles ressentent en ce moment.

Cinq couleurs pour résumer des années de pratiques

À l’issue de l’évaluation, chaque plateforme reçoit un badge coloré, à la manière d’un Nutri-Score :

Bleu — « Use carefully » Protections solides et règles claires en place
 
Jaune — « Partial protection » Certaines mesures encore insuffisantes
 
Orange — « Application pending » Processus engagé mais non finalisé
 
Blanc — « Under review » Évaluation en cours
 
Rouge — « Does not meet standards » Insuffisances majeures identifiées
 

Pourquoi c’est intéressant d’un point de vue communication

Ce qui me frappe dans cette initiative, ce n’est pas tant le système de notation lui-même que ce qu’il révèle sur la façon dont les marques — ici les plateformes — gèrent leur image en matière de responsabilité sociale. Accepter une évaluation indépendante, c’est un signal fort envoyé aux parents, aux législateurs et au grand public. Refuser, ou ne pas y participer, devient en soi un message.

Rendre visible ce qu’on ne voit pas spontanément — c’est exactement ce que fait le Nutri-Score alimentaire. Appliqué aux réseaux sociaux, c’est une idée simple mais puissante.

Le contexte législatif : en France, l’Assemblée nationale a adopté la majorité numérique à 15 ans, validée par la Commission européenne. Le programme SOS s’inscrit dans une tendance plus large où normes volontaires et régulation étatique se combinent. Les plateformes n’ont plus vraiment le choix : la question n’est plus « faut-il agir ? » mais « comment montrer qu’on agit ? »

Les limites de l’exercice

L’initiative est séduisante, mais elle soulève aussi des questions. La participation est volontaire, ce qui signifie qu’une plateforme peut tout simplement choisir de ne pas y prendre part — sans qu’il y ait de sanction directe. Les documents fournis sont ceux que les entreprises choisissent de transmettre, ce qui pose la question de l’objectivité réelle de l’évaluation. Et un badge coloré peut-il vraiment résumer la complexité des pratiques de modération d’une plateforme utilisée par des centaines de millions de personnes ?

Ce sont des limites réelles — mais elles n’invalident pas l’idée. Même imparfait, un outil de transparence comme celui-ci crée une pression positive et donne aux utilisateurs, aux parents et aux régulateurs un point de repère commun.

 

La note CombyCam : Ce que je trouve intéressant à observer, en tant qu’étudiante en com, c’est la façon dont cette initiative transforme la protection des adolescents en enjeu de réputation. Les plateformes ne participent pas par pure altruisme — elles participent parce que ne pas le faire coûterait plus cher en image. C’est peut-être cynique, mais c’est aussi exactement comme ça que fonctionnent les leviers de changement dans le monde des marques.